
Un roman anglais, de plus policier, mais avant tout un roman. Car la campagne anglaise est bien décrite, les personnages bien croqués, la tension psychologique palpable.
Nous sommes en 1921 et la Grande guerre vient de se terminer, après avoir éradiquée tout une génération de jeunes hommes dans les villes et les villages. L’auteur s’est inspirée d’un album de famille d’un oncle tué dans cette guerre pour imaginer le retour, l’après.
Tout commence avec le tout jeune détective Billy Styles par une série de meurtres abominables commis dans un manoir isolé d’un village du Surrey. Son chef, l’inspecteur Madden, a connu la Grande guerre dans l’Artois, où il a été blessé. Revenu dans la police, son premier métier, il en garde un regard de fin du monde et une impassibilité devant les turpitudes humaines. Mais pas celles-là.
Le ou les tueurs ont fracassé les porte-fenêtres de Melling Lodge donnant sur le jardin, on tué net d’un seul coup de baïonnette la gouvernante des enfants, une femme de chambre, le colonel Fletcher, puis traîné son épouse encore jeune et blonde sur son lit avant de l’égorger d’un coup de rasoir, le peignoir découvert de bas en haut. Mais elle n’a pas été violée. Sa petite fille Sophie, 5 ans, a été retrouvée terrée sous le lit par le docteur Blackwell ; depuis, elle est en état de choc et ne parle pas. Son frère de 10 ans était heureusement en vacances chez son oncle en Écosse. Quelques objets en argent ont été emportés.
C’est la rivalité entre les commissaires divisionnaires de Scotland Yard ; Bennett soutient l’inspecteur-chef Sinclair et l’inspecteur Madden, mais Simpson le contredit systématiquement en marquant son scepticisme. Il ne veut rien savoir des méthodes nouvelles, ni des intuitions originales ; il ne jure que par les bonnes antiques méthodes d’investigation réclamant des inventaires, des recoupements, des dépositions. La propension de Madden à se mettre dans la peau des criminels le révulse. Lui tient pour un gang de cambrioleurs, Madden pour un homme seul agissant en militaire, le vol n’étant qu’une fausse piste. D’ailleurs il découvre un trou d’homme, véritable tranchée de 14, creusé sur la colline au-dessus du manoir, abri pour observer et attendre. Le jeune Styles admire Madden et observe. Il se forme aux petits détails qui font tout.
Aucune empreinte, aucun témoin, aucune piste. L’homme laisse le moins de traces possibles. Deux autres séries de meurtres avec le même mode opératoire vont se produire avant que la traque ne se resserre sur le meurtrier. Devinant qu’il s’agit d’un ancien soldat, probablement traumatisé, Madden et Sinclair cherchent dans les dossiers de l’armée un précédent. Et il en existe effectivement un, concernant des civils en Belgique : le fermier et ses deux fils tués d’un seul coup de baïonnette, en vrai professionnel, et la femme déshabillée, égorgée au rasoir, mais non violée. Sauf que le coupable présumé est déclaré mort au combat.
Après la surprise du début et une fois les personnages campés, l’auteur alterne les chapitres de l’enquête avec les actions du tueur. C’est un traumatisme sexuel à la prime adolescence qui l’a fait basculer dans l’obsession de reproduire la scène primitive de la jouissance. Freud est à son apogée en 1921 et le docteur Blackwell (qui s’avère une doctoresse) introduit l’inspecteur Madden auprès d’un professeur autrichien adepte de la psychanalyse. Simpson trouve que c’est digne des magnétiseurs et autres diseurs de bonne aventure, mais la théorie sexuelle freudienne éclaire les motivations du meurtrier, donc les pistes envisageables pour le trouver.
Ce sera long et tortueux, l’enquête ayant failli échapper à Sinclair au profit de Simpson, mais les intuitions psychanalytiques permettent de progresser, les dossiers de l’armée parlent, et une moto en side-car est repérée et traquée. On sait désormais qui chercher, où chercher, et pourquoi il tue.
Évidemment, la fin a plusieurs têtes, comme l’hydre. Les policiers sont au bon endroit au bon moment, mais… ne capturent qu’un contrebandier d’armes de guerre, tandis qu’un autre manoir est attaqué à quelques centaines de mètres, ni vu ni connu. Et une fois le meurtrier mort une fois de plus, il ressurgit encore… Toujours obsédé par les femmes blondes au début de leur maturité, qui ressemblent à sa mère, celle qui l’a initié et perverti à 13 ans, et qu’il a égorgée nue d’un coup de rasoir à 15 ans. Madden a été touché par la petite Sophie, survivante du premier massacre, après avoir perdu sa femme et sa fillette de la grippe (espagnole). La doctoresse Blackwell en est tombée amoureuse et leur couple s’attachera durant la quête.
Un très bon roman psychologique, un très bon roman policier à tension et suspense.
Grand prix de littérature policière 2000
Rennie Airth, Un fleuve de ténèbres (River of Darkness), 1999, Livre de poche 2002, 477 pages, occasion €1,59
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